Oui, une retraite dans un monastère pour non croyant est possible presque partout en Europe : sur 59 hôtelleries monastiques recensées en France, 58 ouvrent leurs offices aux hôtes et aucune ne demande d'acte de baptême. On vous demande de respecter un rythme, pas de partager une foi. Mais les règles changent d'une abbaye à l'autre : de la prière « très libre » de Fleury aux repas et offices attendus d'Einsiedeln, de la participation libre (40 € le plus souvent) à 115 CHF la journée à Einsiedeln.
Un monastère accueille-t-il vraiment un non-croyant ?
Le principe date du VIe siècle. Le chapitre 53 de la règle de saint Benoît impose que tous les hôtes soient reçus comme le Christ, sans condition. Bénédictins et cisterciens l'appliquent à la lettre : à Lérins, les moines résument la règle par « chrétiens ou non, baptisés ou non, chacun peut venir ».
Ce qui est exigé, c'est le cadre. Le silence est partiel dans 49 maisons françaises sur 59 (repas, couloirs, soirée), total dans aucune.
Les 7 lieux en Europe et ce qu'ils demandent au non-croyant
Lieu Ce qu'on vous demande Durée Prix par jour, pension complète Lérins, île Saint-Honorat, Cannes (FR) Rythme et silence ; hommes, femmes, couples 2 à 7 jours Libre ; fermé de novembre à mi-décembre Sénanque, Gordes, Vaucluse (FR) Repas en silence, aide aux tâches domestiques 6 jours max, arrivée mardi-samedi Volontaire ; coût réel 43 € Timadeuc, Morbihan (FR), trappistes Repas en silence ; adultes uniquement 2-3 jours la 1re fois, 7 max Offrande à fixer avec le père hôtelier Fleury, Saint-Benoît-sur-Loire (FR) Prière « très librement » ; silence dans l'hôtellerie 1 à 7 nuits Libre, selon vos moyens Maredsous, Denée (BE) Au moins un temps de prière souhaité 2 nuits min., 7 max 48 € (55 € avec douche-WC, 44 € étudiants) Einsiedeln, Schwyz (CH) Hommes de 18 ans et plus ; prières et repas attendus 1 nuit à 1 semaine 95 à 115 CHF, repas inclus Bose, Piémont (IT) Communauté mixte et œcuménique ; réservation par téléphone 1 jour ou plus Participation libreEinsiedeln est le plus exigeant : les hôtes vivent dans la clôture, de laudes à 7h15 aux complies à 20h, et l'abbaye réclame stabilité psychique et bonne condition physique. Elle reçoit pourtant 1 800 à 1 900 hommes par an.
Notre conseil : sans pratique religieuse, commencez par Fleury ou Lérins, où la participation est libre, et assistez une fois aux vêpres : c'est le moyen le plus simple de saisir le rythme.Faut-il aller aux offices ? Silence, horaires et repas
Non : les offices sont facultatifs, sauf à Einsiedeln qui les attend, et Maredsous souhaite au moins un temps de prière. La journée suit pourtant leur rythme. Horaires types en France : vigiles 5h15, laudes 7h, messe 9h30, vêpres 18h, complies 20h30, à 30 minutes près selon la maison. Après complies commence le grand silence, jusqu'au lendemain matin. Les repas se prennent souvent en silence ; à Sénanque, on fait aussi la vaisselle avec les autres retraitants.
Prévoyez draps ou drap de sac, serviettes, lampe de poche et chaussures de marche ; Lérins et Bose ne fournissent pas le linge. Fleury propose un entretien avec un moine, sans obligation.
Comment réserver et payer sa retraite
On réserve auprès du frère hôtelier. Écrivez deux mois à l'avance pour Pâques, août et l'Avent : beaucoup d'hôtelleries comptent moins de 10 chambres. À Bose, seul le téléphone fonctionne, et les jours ouvrables de février, mars, novembre et décembre sont les plus calmes.
Les conditions varient beaucoup : 10 lieux français acceptent une seule nuit, 13 en exigent au moins deux, 22 plafonnent le séjour à une semaine, et 46 reçoivent des femmes contre 38 des hommes. Pour partir en retraite dans un lieu de silence, l'annuaire des 59 hôtelleries monastiques françaises trie par public, durée minimale et niveau de silence.
Côté budget, la participation libre va de 6 € à 100 € la nuit, 40 € le plus souvent, repas compris, soit 120 € pour trois nuits. On règle au départ, en espèces ou par chèque ; Sénanque et Maredsous acceptent la carte bancaire.
Les 4 erreurs qui gâchent une première retraite
Les hôteliers voient revenir les mêmes faux pas chez les débutants.
Le public a changé : depuis le Covid, Lérins reçoit surtout des étudiants et de jeunes actifs en quête de sens ou sortant d'un burn-out, comme le décrit le reportage de RCF sur l'hôtellerie de l'abbaye de Lérins. Venir sans la foi n'y fait plus figure d'exception.